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« Tremblez car seul votre sang apaisera notre colère. »
 

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 ENVOL | Etoile d'Aurore

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Étoile d'Aurore« Cheffe du clan du Sable »
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MessageSujet: ENVOL | Etoile d'Aurore   Dim 18 Sep - 15:46

« Qu'as tu fais, toi que voilà,
Pleurant sans cesse,
Dis qu'as tu fais, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
»

Oh toi, perdue là-haut sur les rochers, qui es-tu ?
Le vent s'écrase violemment sur les falaises, te percutant de plein fouet. Pourtant tu restes là, immobile telle une statue de glace, les yeux perdus dans le vide. Depuis plusieurs heures, tu contemples sans les voir les vagues rageuses qui viennent inlassablement frapper les récifs, créant des tourbillons d'écume blanchâtres. Le ciel orangé se reflète dans les flots bleus sombres, créant une nouvelle palette de couleur. Sous toi la mer est déchainée. Meurtrière, sauvage, indomptable. Et tu as beau l'avoir déjà vu des milliers de fois, chaque fois cette haine qui l'anime te fascine. Tu ne peux t'empêcher de te demander quelles sont ses raisons d'être si furieuse. Lui a-t-on arraché ses petits, son compagnon, son coeur, son âme ? Est-elle comme toi ? Tu as finis par croire qu'elle était le reflet de tes propres émotions, l'incarnation de tes tourments. Mais c'est faux. Il n'y a plus la moindre trace de haine en toi.

Car tu es un tombeau.
Voilà longtemps que tu ne ressens plus rien. Longtemps que ton corps n'est qu'une enveloppe vide, aussi vide de sens qu'a été ton existence. Les mots que tu prononçais résonnaient avec force dans cette coquille dévastée et fissurée de partout. Chaque pas, chaque saut n'était qu'un automatisme, un mouvement fait mécaniquement. Tu avais laissé ton instinct prendre le devant sur tout le reste et, lentement, ta conscience avait fini par s'éteindre et mourir. Tu n'avais alors été plus rien, rien à part ce qu'on voulait que tu sois. Une meneuse forte, fidèle, dévouée. Sans reproche. En apparence du moins. Car de temps à autres il y avait encore ces nuits où tu te réveillais en hurlant, à bout de souffle, ces nuits où, pour ne pas sombrer dans ce gouffre qui s'ouvrait sous toi, tu déchiquetais la peau de tes pattes autrefois délicates. Mais peu à peu, eux aussi ont fini par s'éteindre. Après tout tu n'avais plus rien à perdre, plus rien à torturer. Tout en toi était mort. Il n'y avait que ce devoir, cette faute que tu devais expier. A force tu ne savais même plus pourquoi. Mais c'était la seule chose qu'il te restait, la seule corniche à laquelle tu t’agrippais de toutes tes forces. Car à part elle que te restait-il ?

Tu avais renoncé à l'amour de ta vie. Celui que tu avais tant aimé, celui pour qui tu avais pris tous les risques. Celui pour qui Cœur de Silex et bien d'autres étaient mort dans cet incendie que vous aviez déclenché. Il avait été ton début et ta fin, ton aube et ton crépuscule et on te l'avait enlevé. Ou plutôt tu te l'étais enlevé toi-même. Pour le protéger, pour vous protéger tous les deux. Et pour que tu n'oublies pas cette douleur cuisante qui te brûlait le crâne, tu avais été obligé de le voir chaque fois que la Lune était pleine. Il était là, à deux pas de toi. Tu sentais son regard sur toi, te criant de le regarder. Mais tu ne l'avais jamais fait. Tu savais que si tu cédais tu t'écroulerais à nouveau, et tu ne voulais pas leur donner satisfaction. Tous dans cette forêt n'attendaient que ça, que tu tombes. Mais tu étais restée debout quand bien même tu y avais laissé toute étincelle de vie. Chaque jour tu étais là, semblant plus féroce que le précédent, plus lumineuse aussi, alors qu'à l'intérieur tout devenait plus sec, plus noir. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien du tout. Tu avais regardé tes enfants, le fruit de ton amour interdit, ta chair, ton sang grandir et peu à peu s'éloigner de toi, t'oublier. Ces chatons qui étaient sortis de ton corps, que tu avais aimé inconditionnellement dès leur premier souffle. Après tout tu n'avais jamais été une mère pour eux. Eux aussi tu avais voulu les protéger. Les protéger de toi. Qui aurait voulu d'une mère comme toi ? Ils étaient à présent des guerriers émérites alors que tu n'étais plus qu'un fantôme, une marionnette aux yeux éteints. Une chimère du passé qui ne survivait que par ses obligations de meneuse car c'était tout ce que tu avais, quand bien même tu n'en voulais plus.

Mais c'est terminé. Aujourd'hui a une saveur particulière. Tu sens au fond de toi que c'est la fin. Tu t'es acquitté de ta dette. Tu as rendu ton Clan fort et prospère. Puissant. Désormais plus rien n'ébranlera tes fiers guerriers. Désormais ils n'ont plus besoin de toi. Tu n'as pas peur de les abandonner, tu sais parfaitement que ta place n'est plus ici. Flamme Sauvage fera une grande cheffe, bien plus grande que tu ne le seras jamais.
Au fond, tu as toujours su que ça se terminerait ainsi. Que viendrait un jour où il faudrait que tu partes. Après tout fuir, n'est-ce pas ce que tu fais le mieux ? Tout ici t'enchaînes. Chaque arbre, chaque pierre, chaque clairière abrite des souvenirs de celles que tu étais avant. De quelqu'un qui n'est plus toi. Et tu ne peux plus le supporter. Tu songes vaguement que, jusqu'au bout, tu auras été lâche. Lâche au point de t'enfuir sans un regard derrière toi. Lâche au point de disparaître sans même leur dire aurevoir. Est-ce là l'image qu'ils garderont de toi ? Celle d'une chatte faible et qui n'avait plus rien à briser en elle. Une chatte qui, pour échapper à ses démons, n'a rien trouvé d'autre que de partir. Oh tu aurais aimé pourtant les revoir une dernière fois. Enfouir ton visage dans leur fourrure et en murmurant leurs noms comme une douce litanie, leur dire que tu les aimes, que tu les aimes bien trop pour rester à leur côtés. Un visage apparait dans ton esprit, aussi distinctement que s'il était devant toi. Tu en as appris chaque partie, tu en as mémorisé chaque recoin. Etoile d'Argile. Plus jamais tu ne verras son sourire, ses yeux baignés d'un amour sans faille. Plus jamais tu ne pourrais te presser contre lui et oublier tout ce qui n'est pas lui. Plus jamais tu ne pourras l'aimer. Pour la première fois depuis une éternité, les larmes coulent sur tes joues.

« Pardonnez moi. »
Ce sont les seuls mots que tu parviens à prononcer avant de te détourner.

Et sans un dernier regard, tu plantes derrière toi la mer, la plage, les falaises, cet endroit qui a toujours été ton refuge. Il ne l'est plus désormais. Tu fais alors ton premier pas vers l'inconnu, ton premier pas vers ta libération. Tu te sens soudainement plus légère alors que tu entends tes chaînes tomber lourdement au sol. Et enfin ton coeur se remet à battre.

Le vent rugit à tes oreilles, te disant aurevoir et t'apportant les derniers relents d'air salin comme un ultime cadeau d'adieu. Tu lui en es tendrement reconnaissante. Il ne sert à rien de mentir, tu sais que tu ne reviendras pas. Tu n'en seras jamais capable. Tout ce que tu as connu ici n'est plus. Et rien, non plus rien ne t'incite à rester. Alors tu te mets à courir. Courir à en perdre haleine, courir à disloquer tes poumons, courir à t'arracher des larmes brûlante. Courir à n'en plus pouvoir et pourtant courir encore. Courir à en laisser Etoile d'Aurore derrière toi. Elle est trop fatiguée pour te suivre, il est enfin temps de la laisser mourir, de lui accorder ce repos qu'elle a tant cherché. Elle mérite la paix, ne crois-tu pas ? Mais toi, oui toi, tu sens enfin ton corps se réveiller, ton sang chanter dans tes veines, des sentiments au creux de ton ventre. Ils sont ténus, mais bel et bien là. Alors ne t'arrêtes pas, ni au Quatre Chênes, ni aux Hautes Pierres. Cours encore, toujours plus loin. Qui que tu sois à présent, fuis, fuis là où te porte ton coeur.
Sois libre.


« Comme une poupée de chiffon éventrée,
Comme une orpheline sans larme à verser.
Comme quelqu'un à qui on aurait enlevé son aimé. »

Bon sang Choute... Merci infiniment. ♥

Je n'aurai jamais assez de mot pour vous dire merci. ♥ :
 
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